L’Economie Sociale et Solidaire : une voie vers l’Autonomisation des femmes


L’Economie Sociale et Solidaire : une voie vers l’Autonomisation des femmes
Ø  Introduction :
·       Face à la problématique de la femme et son autonomisation : promouvoir le rôle de la femme dans l’Economie Sociale et Solidaire(ESS).
Ø  Définitions  et Champs d’activité de l’Economie Sociale et Solidaire 
·       Autonomie économique des femmes
·       Qu’est-ce que l’Economie Sociale et Solidaire ?
·       Particularités de l’Economie Sociale et Solidaire 
·       Formes et Composantes de l’Economie Sociale et Solidaire 
Ø  L’Economie Sociale et Solidaire dans les PVD et au Maroc
·       Quelques agrégats
·       Un benchmark
Ø  La politique nationale en matière d’Economie Sociale et Solidaire 
Ø  Témoignages et interview de professionnels 
Ø  Perspectives d’avenir

Ø Introduction 
Aujourd’hui, l’autonomisation de la femme constitue un objet de préoccupation économique, social et politique ce qui en fait une thématique d’actualité.
La femme joue un rôle confirmé dans la croissance économique tout en relevant le défi d’égalité face aux hommes notamment dans le domaine économique. Elle participe aux revenus de la famille et travaille dans l’objectif de son autonomisation socio-économique. Avec un revenu, la femme ne gagne pas encore en égalité, mais plus en autonomie économique et plus tard une retraite avec la possibilité d’avoir une vie sociale et de choisir elle-même son activité et même investir.
Le Maroc qui ambitionne de devenir un pays émergent à partir de la décennie suivante, voit son taux d’activité féminines stagner autours de 25%, soit la moitié de la moyenne mondiale. Sachant qu’il existe « une corrélation positive entre le niveau de revenus par individu et la parité entre hommes et femmes notamment dans le domaine économique»[1], et que le pays adhère aux valeurs de modernité et à la réalisation de la parité, la faible participation féminine à la vie active est pénalisante pour la femme et pour l’économie et la société dans leur ensemble.
L’intégration de la femme dans la vie économique passe, inéluctablement par son intégration appuyée du domaine de l’Economie Sociale et Solidaire(ESS). Cette dernière étant présente dans les stratégies des femmes comme moyen de survie et instrument de politiques publiques, elle pourrait devenir le moyen sûr du renforcement de la place économique et sociale de la femme et de son autonomie économique.
Ø Définition, champ d’activité et particularités de l’ESS 
L’ESS occupe une place importante dans les stratégies de développement et de revitalisation socioéconomique. Elle se base sur le dépassement de la logique marchande de l’économie pour se baser sur le concept d’économie plurielle qui rend compte des différentes logiques qui prévalent dans l’échange économique : marché, redistribution, ainsi que réciprocité et don.
1-    Définition de l’ESS
L’ESS peut être définie comme : « l’ensemble des initiatives économiques cherchant à produire des biens ou des services, à consommer et à épargner autrement, de manière plus respectueuse de l’Homme, de l’environnement et des territoires.». Elle s’appuie sur quatre principes :
• Finalité de services aux membres/collectivité,
• solidarité et de responsabilité,
• démocratique entre les membres (une personne = une voix),
• dynamique de développement s’appuyant sur un ancrage territorial et une mobilisation citoyenne.
2-    Le champ d’activité de l’ESS est très étendu car couvrant plusieurs secteurs :

3-    Particularités de  l’ESS 
L’ESS dispose, pour l’essentiel, de quatre traits distinctifs par rapport à l’économie privée :
·           Des finalités qui remplissent des fonctions sociales, au sens où l’activité vise à assurer viabilité économique et utilité sociale,
·           des acteurs qui s’associent pour créer des entreprises qui répondent aux besoins de base d’un groupe ou d’une collectivité locale,
·           des structures et des règles orientées vers la participation,
·           des activités de caractère entrepreneurial au sens où la production de biens ou de services se développe sur les marchés (privé ou public) permettant ainsi d’assurer aux associés d’autofinancer leur entreprise tout en misant sur l’apport des solidarités rapprochées.
Ø Composantes de l’ESS
Au cours des dernières décennies, l’aggravation de la crise économique a  conduit les populations de Pays en Voie de Développement à développer elles-mêmes de nouvelles formes de solidarité et d’entraide, économiques et sociales ce qui a donné lieu à un véritable foisonnement d’activités de l’ESS sous les formes:
·           mutuelle : groupement volontaire de personnes ayant pour finalité de répartir collectivement les coûts de la prévention et de la réparation des risques auxquels elles sont soumises
·           coopérative : association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire des besoins économiques, sociaux et culturels communs, au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est géré démocratiquement
·           association : groupement de personnes volontaires réunies autour d’un projet commun ou d’activités sans chercher à réaliser de bénéfices
·           fondation : acte par lequel une ou plusieurs personnes physiques et morales décident l’affectation irrévocable de biens, droits ou ressources, à la réalisation d’une œuvre d’intérêt général et à but non lucratif
Ø  Etat des lieux  de l’ESS au Maroc : une présence assez significative de la femme
Au Maroc, bien que la culture de solidarité, d’entraide et de travail collectif a toujours fait partie des pratiques locales, l’ESS sous une forme structurée et organisée[2], date des années 1980 et du début des années 1990 suite à l’application de Programmes d’Ajustement Structurel.    
·           Quelques agrégats :
En effet, l’ESS emploie uniquement 5% de la population active au Maroc. Le secteur ne contribue qu’à hauteur de 2% au PIB. Des chiffres qui sont de loin inférieurs à la moyenne enregistrée dans nombre de pays.
1-       Nombre d’acteurs
Le tissu de l’ESS a connu une évolution indéniable sur la dernière décennie. Le secteur compte aujourd'hui :
-        plus de 18.000 coopératives encadrant plus de 500.000 hommes et femmes,
-        plus de 130.000 associations,
-        et plus de 53 mutuelles dominées par celles des employés du secteur public.
Cette dynamique relève de l'apport des différents programmes et actions dédiés à l'économie sociale notamment le pilier 2 du Plan Maroc vert, lequel prévoit la constitution de 8.000 coopératives à l'horizon 2020.
Selon l’ODCO, le nombre de coopératives a atteint 15.735 coopératives en 2015. Chaque mois, 120 coopératives en moyennes depuis 2010 sont constituées contribuant à la valorisation des produits de terroir et à la création d’emplois etc... Ce qui pose en parallèle et avec acuité, le problème de l’accompagnement de ces institutions.
L’organisation du secteur Au Maroc révèle que ce sont les coopératives féminines qui sont l’acteur confirmé de l’Economie Sociale et Solidaire. 
2-       Parité : une présence assez significative de la femme …
En 2015, 826 coopératives composées exclusivement de femmes, soit 12% du tissu coopératif national, regroupant un peu moins de 20.000 adhérentes (5% du total national). Ces coopératives opèrent essentiellement dans l’agriculture (40%), l’artisanat (35%) et la collecte et la transformation d’argan (18%).

Les coopératives de femme par secteur

 



Cette dynamique relève de l'apport des différents programmes et actions dédiés à l’ESS notamment le pilier 2 du Plan Maroc vert, lequel prévoit la constitution de 8.000 coopératives à l'horizon 2020.
·           Cadre institutionnel complexe :
 
·           Cadre juridique :
Le cadre juridique unique pour les coopératives abrogeant les textes antérieurs a été adopté en 1983, mais n’est entré en application dans sa totalité qu’en 1993. Ce cadre juridique, la Loi n° 24.83, portant statut général des coopératives et missions de l’ODCo prône en faveur de l’autonomie des coopératives, de la formation de l’élément humain des coopératives, de la création des unions de coopératives. Cette loi, mise à l’épreuve, s’est avérée en décalage avec son environnement avec les lacunes et des défauts, d’où la nécessité d’une réforme qui a poussé les ministres de tutelle de l’ODCO à proposer des amendements dont le dernier a été approuvée par le Conseil du Gouvernement du 7 Septembre 2011.
A partir de l’an 2000,  les coopératives sont devenus l’instrument de création de l’emploi, d’intégration de la femme dans la vie active, organisation du secteur informel. C’est le tournant caractérisée par l’intérêt, de plus en plus important, porté aux coopératives par plusieurs bailleurs de fonds et des programmes tels que l’INDH, Maroc Vert, Ibhar, M.C., habitat classe moyenne, etc... Grâce aux appuis financiers de ces acteurs, des formations sont dispensées au profit des coopératives dans des programmes de plusieurs instances concernées par le développement.
Ø Un benchmark
l’ESS existe dans tous les pays du monde, avec des appellations différentes pour désigner un contenu plus ou moins similaire. Ainsi on parle :
·           D'organisations sans but lucratif ou à lucrativité limitée aux Etats-Unis d'Amérique.
·           Du "Volentary sector" au Royaume-Uni;
·           Du Troisième système dans les pays de l'Union Européenne;
·           De l'économie sociale ou l'économie solidaire ou l'économie populaire ou l'économie de développement communautaire dans les Pays francophones et en Amérique Latine;
·           Du tiers secteur à finalité sociale ou encore du tiers secteur d’économie de proximité ou amortisseur social.
Qu’il s’agisse d’« entreprises communautaires » au Royaume-Uni et au Canada, des « sociétés d’emploi et de qualification » en Allemagne, des « entreprises de formation par le travail » en Belgique, des « régies de quartier » françaises ou des « coopératives sociales » en Italie ou des CDEC[3] au Québec[4], ces expériences récentes de l’économie Sociale et Solidaire (ESS) au Nord sont le produit d’une rencontre de l’association, de la coopération et souvent du développement local.
Ø La politique nationale :
La mise en place d’une stratégie nationale pour le développement de l’ESS intervient dans un contexte national caractérisé par une prise de conscience générale de l’ensemble des acteurs nationaux de l’importance de ce secteur dans la création de la valeur ajoutée et de l’emploi, dans la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion et dans l’aboutissement des différentes stratégies et programmes sectoriels.
Les Pouvoirs Publics accordent une place de choix au développement de l’ESS. Ils entendent en faire l'un des piliers de l’économie locale et une locomotive de développement des activités génératrices de revenus et d’emplois sur l’ensemble du territoire national et outil d’autonomisation des femmes.
Dans ce cadre, en se basant sur une approche participative et sur  les expériences internationales en la matière, la stratégie nationale de développement de de l’ESS trace une feuille de route pour une action publique globale, concertée et harmonieuse, favorisant la synergie et la complémentarité entre les actions des différents acteurs publics et avec pour acteur centrale la femme.
Les objectifs assignés à cette stratégie sont :
·           Renforcer et harmoniser l’action publique en faveur de l’économie sociale et solidaire, aussi bien au niveau national que régional ;
·           Faciliter l’émergence d’une économie sociale et solidaire performante et tructurée capable de jouer pleinement son rôle dans la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion ;
·           Contribuer à un développement territorial intégré fondé sur l’exploitation rationnelle et la valorisation des richesses et des potentialités locales ;
·           Améliorer la visibilité et la connaissance du secteur.
En termes de chiffres, elle ambitionne de Renforcer l’adhésion de la population active aux coopératives, en augmentant le taux de pénétration de la coopérative parmi cette population de 3,1% actuellement à 7,5% à l’horizon 2020 ;
·           • Renforcer la contribution de l’économie sociale et solidaire à la création de l’emploi, en augmentant le nombre de salariés des coopératives de 50.000 actuellement à 175 000 à l’horizon 2020 ;
·           • Améliorer la contribution du secteur à la création de la richesse, en augmentant sa part dans le PIB de 1,6% actuellement à 3,9% à l’horizon 2020. Pour atteindre ces objectifs, la stratégie est articulée autour de 7 axes stratégiques:
Si  l’économie Sociale et Solidaire dans les économies avancées n’a qu’une forme d’économie additive ne couvrant que les activités délaissées par les Pouvoirs Publics et le secteur privé[5]. Dans les économies des Pays en Développement, elle revêt un statut déterminant et un rôle structurant dans les économies des pays en développement ; ce qui  lui imprime d’autres particularités dérivantes. Cette donne propre au statut de l’économie sociale et son rôle.
Au Maroc l’ESS est renforcée par la mise en place de textes juridique, acteurs, et même d’une base de données via le Système d’ Information Géographique de l'Economie Sociale (SIGES) en charge d’assurer l’information et son suivi en matière d’ESS. En effet, dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement de l’économie sociale et solidaire 2010-2020, plus particulièrement l’axe concernant le développement des outils de suivi-évaluation, de veille stratégique, de communication et de partenariat, le Ministère se penche actuellement sur la mise en place d’un Système d’Information Géographique de l’Economie Sociale (SIGES). Ce projet constitue un premier pas en avant dans la perspective de mettre en place un Observatoire National de l’Economie Sociale et Solidaire.
De manière plus explicite, Le Système d'Information Géographique de l'Economie Sociale (SIGES) a pour objectifs :
·           de valoriser l’ensemble des informations disponibles sur l’économie sociale et solidaire, collectées dans le cadre des différentes études réalisées par le Ministère ou produites par d’autres organismes, et les rassembler dans un cadre cohérent, interactif et convivial facilitant la prise de décision.
·           Permettre de :
-        croiser des informations territoriales, économiques et sociales pour produire des analyses territoriales profitant pour la promotion de l’économie sociale ;
-        connaître les potentialités territoriales et le savoir-faire local permettant le développement des activités génératrices de revenus et d’emplois ;
-        superposer plusieurs cartes en croisant différentes données (carte de la pauvreté, carte des potentialités territoriales, carte des activités génératrices de revenus et d’emplois, etc.) ;
-        connaître l’état des lieux des entreprises de l’économie sociale sur un territoire donné et leurs apports économique et social (création d’emploi, création de la richesse, etc.).
Le SIGES, en sa version actuelle, est composé des couches d’informations suivantes :
-        Variables socio-économiques : les besoins et les déficits sociaux les caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques (pauvreté, chômage, scolarisation, analphabétisme, …) ;
-        Infrastructures de base : permet de connaître le niveau d’équipement des différentes communes de la région en infrastructures de base qui constituent un prérequis pour le développement des activités génératrices de revenus ;
-        Potentialités territoriales : permet de localiser, par filière et par commune, les potentialités offertes par chaque territoire pour le développement des AGR ;
-        Activités génératrices de revenus : permet de disposer d’une carte territoriale des AGR économiquement viables, au regard des potentialités de la région ;
-        Acteurs de l’économie sociale : permet une meilleure visibilité des AGR déjà existantes, exercées principalement dans le cadre de coopératives, et des associations qui accompagnent et encadrent ces AGR ;
-        Associations de micro crédit : permet de connaître la répartition spatiale de ce dispositif de financement de microprojet et d’appréhender sa proximité des populations et des territoires cibles ;
Après une expérience pilote qui a porté sur la région de Rabat Salé-Zemmour-Zaer, le Ministère est en train d’élargir le système à d’autres régions du royaume, au fur et à mesure de l’avancement des Plans Régionaux de Développement de l’Economie Sociale et Solidaire.

1. Valoriser et promouvoir les produits de l’économie sociale et solidaire
2. Favoriser l’accès des produits de l’ES s au marché
3. Renforcer et organiser les acteurs de l’économie sociale et solidaire
4. Mettre en place un environnement favorable au développement de l’économie sociale et solidaire
5. Favoriser l’émergence d’initiatives d’économie sociale sur les territoires
6. Faciliter l’accès des acteurs de l’économie sociale à la sécurité
Sociale
7. Développer les outils de suivi et d’évaluation, la veille stratégique, la communication et le partenariat
La mise en œu
vre de la stratégie et l’atteinte des objectifs escomptés nécessitent un effort considérable en matière de communication et de sensibilisation sur l’importance économique et sociale du secteur, sur les enjeux dont il est porteur et son rôle dans la diffusion des valeurs de solidarité, d’entraide et de mutualité. Par ailleurs, l’accent doit être mis sur la production des connaissances, la mobilisation de l’expertise, la promotion de bonnes pratiques, la veille stratégique et le suivi et d’évaluation.
Dans ce cadre, la stratégie prévoit de :
• Mettre en place un observatoire national de l’économie sociale et solidaire ;
• Développer la communication institutionnelle ;
• Développer le partenariat aux niveaux national et régional et la coopération internationale.

Ø Interview et avis de professionnel :
·       Extrait du discours de S.M le Roi Mohammed VI du 30 juillet 2000.
« Nul développement social n’est possible en l’absence de croissance économique. Aussi, est-il nécessaire de bâtir une économie nouvelle capable d’accompagner la mondialisation et de relever ses défis. Si nous avons opté pour l’économie de marché, cela ne signifie pas que nous cherchons à établir une société de marché, mais une économie sociale où se conjuguent efficacité économique et solidarité sociale. »
·       Selon  le Département de l’Artisanat et de l’Economie Sociale :
«Le contexte national et international marqué par l'ouverture du Maroc au partenariat international et Sud-Sud et les avancés réalisées dans ce domaine notamment le projet de loi-cadre qui va permettre de mieux structurer le secteur, la loi des coopératives qui apporte beaucoup de souplesse et de facilité dans la création des coopératives, incite le ministère à revoir sa stratégie tout en profitant des opportunités nationales et de l'expertise des partenariats internationaux et africains».
·       Abdelkarim Azenfar, Directeur de l’Office du Développement de la Coopération (ODCO)
ALM : Pourriez-vous nous brosser le tableau des coopératives au Maroc ?
Abdelkarim Azenfar : Le secteur coopératif marocain enregistre une évolution importante avec une pertinente contribution dans l’auto-emploi et la création des richesses en faveur des différentes couches sociales, et ce à travers un ancrage territorial important. En effet, le nombre des coopératives a presque triplé ces dix dernières années. Il a dépassé à fin 2015 les 17.500, avec presque un demi-million d’adhérents. Ce saut quantitatif est le fruit de l’appui apporté par l’Initiative nationale pour le développement humain et des autres programmes sectoriels, tels que la vision 2015 d’artisanat et le Plan Maroc Vert. Même si les coopératives agricoles dominent avec plus des 2/3 du total des coopératives, suivies de celles de l’artisanat (14%), d’autres formes de groupement ont été développées. Les jeunes conquièrent de nouveaux secteurs tels que le commerce électronique, la scolarisation, l’environnement, la presse électronique et l’art.
Si l’on veut se focaliser juste sur le développement des coopératives féminines, quelles sont, dans ce sens, les contraintes que rencontrent les adhérentes à ce jour ?
A l’instar de la majorité des coopératives, celles féminines endurent plusieurs contraintes. La structuration du système figure parmi les failles, car les initiatives de coopératives sont toujours dispersées. Ceci est en soi une contrainte. Le faible niveau d’instruction et le taux d’analphabétisme élevé posent également problème au développement des coopératives féminines. La culture entrepreneuriale est peu développée, dans ce secteur où le manque d’innovation et la rareté de la diversification des objets des coopératives posent également problème. En termes de financement, les capitaux des coopératives sont faibles. La plupart des adhérentes ont recours à l’autofinancement car l’accès au crédit est toujours difficile dans certaines régions.
Quelles sont les mesures engagées pour la promotion de la femme rurale et l’économie sociale et solidaire ?
L’ODCO, de par ses attributions, encadre des sessions de sensibilisation notamment en termes d’appui en phase de création. Nous encourageons la création des coopératives auprès de certaines populations cibles, à savoir les lauréates des centres de formation d’artisanat et d’entraide nationale. Nous œuvrons également pour l’encadrement des femmes rurales. Il est utile de souligner que des conventions sont conclues avec différents partenaires pour mettre en œuvre ces programmes. De plus, l’Office aide à la structuration des coopératives en unions afin de renforcer leur pouvoir de négociation et relever les défis communs, en l’occurrence l’approvisionnement, la commercialisation et la certification.
·       Président de la commission Economie sociale et solidaire et artisanat au sein du groupe d’impulsion économique Maroc-Sénégal
Les Inspirations ÉCO : Quelle est l’importance du développement du partenariat entre le Maroc et les pays africains en matière d’économie sociale et solidaire ?
Jusque-là, nous n'avons pas encore pu développer un partenariat dans le cadre de l’économie sociale. Le partenariat est important car il permet de développer des relations gagnant-gagnant d’autant plus que la grande composante au Maroc des entreprises est constituée dePME. Nous voulons, ainsi, à travers ce partenariat développer aussi des échanges avec les TPME. Ce salon est, en effet, une occasion pour les très petites entreprises sénégalaises et ivoiriennes de venir exposer leurs produits, faire des échanges, réaliser des joint-ventures …
Quelles sont les similitudes et de différences entre le Maroc et les pays africains ?
Chaque pays a ses propres spécificités comme l’artisanat qui est différent d’un pays à l’autre. Au niveau des lois en vigueur, nous allons travailler ensemble pour essayer d’uniformiser la législation marocaine et sénégalaise. Par exemple, la loi de l’auto-entreprise en vigueur au Maroc n’existe pas encore au Sénégal. C’est une occasion pour nos amis sénégalais d’étudier cette loi. Il s’agit aussi de permettre aux jeunes sénégalais d'investir au Maroc et de créer leur entreprise. Nous souhaitons arriver à plus d’un million et demi à deux millions d’auto-entreprises au Maroc.
Que faut-il faire pour améliorer la législation marocaine dans le domaine de l’économie sociale ?
La législation doit s’adapter au niveau du développement économique du pays. Il faut prendre en considération certaines évolutions comme le digital.
Quels sont les préalables pour créer des des joint-ventures Maroc-Sénégal-Côte d’Ivoire ?
Il faut multiplier les rencontres bilatérales et multilatérales. À ce titre, ce salon est une occasion pour favoriser les rencontres entre les entreprises désireuses de créer des joint-ventures en vue d’aller travailler ensemble sur les marchés internationaux tout en misant sur la complémentarité. Il s’agit d’une opportunité pour développer nos atouts à l’international.
Ø  Perspectives d’avenir
Le Maroc accorde, de plus en plus, une importance particulière à l’ESS. Le secteur a connu, au cours des dernières années, une évolution qui reste, néanmoins, en deçà des aspirations comme en témoignent les chiffres officiels. Bien que le secteur regorge d’opportunités d’investissement et d’emploi, l’atteinte des objectifs de sa croissance passe par bon nombre d’actions dont l’amélioration de la législation en vigueur, la formation des acteurs du secteur au marketing notamment celui ayant trait aux nouvelles technologies de l’information et de la communication…Le partenariat s’avère aussi un élément-clé.
Ainsi L’économie sociale et solidaire au Maroc n’a pas encore atteint le niveau escompté de développement. Parmi les pistes de promotion figure le renforcement du partenariat gagnant-gagnant entre le Maroc et les pays africains.
L'Agence de développement social (ADS) financera 4 programmes sociaux dans les villes de Casablanca, Tanger, Laayoune, Larache, Fès et Mhamid El Ghizlane, d'une valeur de 6 984 000 de dirhams. Ainsi, le comité d’approbation a retenu le projet "Irtikae Handicap" dans la région de Casablanca-Settat, qui rentre dans le cadre du renforcement des capacités des acteurs locaux et des efforts déployés par le Maroc en matière de renforcement des capacités des associations. Le projet est mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat entre le ministère de solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, l’ADS et les comités provinciaux de développement humain. Le comité d'approbation a appuyé également deux associations, l’une à Mhamid Lghizlane et l’autre à Fès et 3 programmes "Moubadara" à Laayoune, Tanger et Larache.
Pour une meilleur vision du secteur,
Ø  Recommandations issues de la déclaration « de Casablanca » du 23 Novembre
A l’issue de la 6ème  édition du Salon National de l’Economie Sociale et Solidaire et de la 1ère édition des Salons Tournants Maroc-Sénégal et Maroc-Côte d’Ivoire a été  signée la  déclaration dite « de Casablanca » par les trois pays présents. Elle a consisté en un ensemble de recommandations pour l’instauration d’une meilleure approche de l’Artisanat et de l’Economie Sociale et Solidaire(ESS) à savoir :
-        Faire de l’artisanat un réel pilier de croissance sur le plan régional africain,
-        mise en place d’un cadre juridique et réglementaire adéquat qui comble les lacunes institutionnelles,
-        instauration de mesures fiscales dédiées et de mécanismes de cohésion, de promotion de l’entrepreneuriat social et de financement par la mise en place de Fonds Solidaires,
-         mise en place et renforcement des mesures de l’ESS dans les économies marocaines, ivoiriennes et sénégalaises  par la mise en place d’un modèle type dans la région à partir de  benchmark des formes d’ESS dans le monde,
-         promotion de la libre circulation des produits issus de l’artisanat et de l’ESS,
-         l’encouragement des partenariats et du réseautage pour l’amélioration du partenariat social,
-         le soutient de la créativité des jeunes porteurs d’idées et l’encouragement des expériences d’essaimage,
-         la généralisation de l’utilisation des Nouvelles Technologies de l’Information et de la communication,
-         renforcement du rôle de la femme et des jeunes en tant qu’acteurs de l’ESS favorisant leur employabilité,
-         mise en place d’une plateforme informationnelle chiffrée pour la collecte d’informations et la mutualisation des expériences.
Secrétariat d’État Chargé de l’Artisanat et de l’Economie Sociale qui doit commanditer le 6 décembre prochain l’étude d’élaboration de cette feuille de route, à l’horizon 2028, d’un coût de 4,8 millions de dirhams. Pour ce dernier, «Il s’agit de doter le Maroc d'un cadre stratégique d'affirmation et de développement de l'économie sociale et solidaire à travers un état des lieux bien documenté, une vision pour le secteur, avec des axes stratégiques et un plan d'action pour les dix prochaines années qui répond à plusieurs enjeux».






[1] Selon Pierre Richard Agénor, économiste et chercheur associé à l’OCP Policy Center interrogé par la MAP lors d’une étude récemment publiée intitulée «Égalité de genre, politiques publiques et croissance économique au Maroc», réalisée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) et OCP Policy Center (le Centre de recherche en politiques de l’Office chérifien des phosphates). Selon cette étude, la participation des femmes dans le travail est nécessaire voire essentielle. Et plus la femme participe aux revenus de la famille, plus son « pouvoir de négociation sur les dépenses courantes comme l’éducation ou la santé des enfants aura tendance à se renforcer ».
[2] Notamment pour sa composante associative
[4] La loi sur l'économie sociale du Québec, de 2013, valide ces trois statuts (coopérative, obnl, mutuelle) mais n'inclue pas l'entrepreneuriat social. Contrairement à la France les entreprises sociales (social business) ne sont pas incluses dans le cadre de l'économie sociale, c'est bien la gouvernance démocratique qui prime.
L'économie sociale représente 7000 entreprises au Québec et 8% du PIB.
[5] vu l’hégémonie du mode capitaliste

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